Justice
Le samedi 31 mai 2008 à 20:23 - Lien permanent
La justice et la loi française m'avaient déjà déçu. La récente annulation d'un mariage pour cause de non-virginité de l'épouse repousse encore une fois les limites de l'horreur juridique... Cette décision crée un précédent extrêmement fâcheux : en quoi la virginité serait-elle une qualité essentielle d'une personne ? Qu'inventera-t-on la prochaine fois ? Une répudiation de l'épouse pour cause de non fertilité ? Je veux bien qu'il existe un article de loi trop vague (ce qui est un problème, et devrait être résolu), mais un juge a tout de même été particulièrement vicieux dans l'attribution du qualificatif de qualité essentielle...
Bien entendu, cette décision semble être une très bonne chose pour cette femme qui avait de toute évidence fait l'erreur de sa vie en épousant un pauvre con, mais ce qui pose problème, c'est la façon dont est considéré l'être humain, et particulièrement la femme, dans cette histoire. Tout d'abord, je ne vois pas en quoi en être humain peut décemment être doté de qualités essentielles. On pourrait par exemple parler de qualité essentielle d'une vache laitière (sa production de lait), mais un être humain, ce n'est pas une tête de bétail ! Et ensuite, bien entendu, la qualité essentielle dont il est question ici est particulièrement sensible : cette notion de virginité est l'un des pires délires misogynes des sociétés et religions archaïques...
Commentaires
La décision du juge a été motivée par l'acte de tromperie et de mensonge concernant la virginité, pas par la non-virginité elle-même. Imaginons que le mari soit tombé sur un homme lors de la nuit de noce... la décision du juge te semblerait-elle moins injuste ?
Le débat en devient légèrement différent...
Tu rejoins l'analyse intéressante de Maître Eolas. Selon lui, il n'y a aucun vice juridique dans cette décision. Et aussi aucune raison de s'émouvoir, sentiment que je ne partage pas.
Un mariage représente un contrat, et il y aurait eu duperie, le produit n'était pas conforme au contrat. Fin de l'histoire, selon certains, d'autant que la faute était acceptée. Sauf que je pense que cette position n'est pas acceptable :
Après réflexion et quelques lectures, il semble que le juge n'ait pas du tout mesuré la portée de ce jugement. Pour lui, cela arrangeait à la fois un homme et une femme que leur mariage soit annulé, et en appliquant techniquement quelques articles de loi, il était possible de rendre rapidement un jugement, même si la justification était quelque-peu fantaisiste. Pourquoi alors se casser la tête, surtout quand on connaît la surcharge de travail de la justice ? Je peux donc le comprendre. Mais encore une fois, c'est extrêmement regrettable, car cela pourrait donner un signal selon lequel la justice peut cautionner n'importe-quoi du moment qu'il y a une vague justification, quitte à s'immiscer dans des critères qui relèvent du domaine exclusivement privé... Sans compter le côté humiliant pour toutes les femmes. Car c'est une tautologie, mais je tiens tout de même à souligner que ce mariage a été annulé pour cause de non virginité de la femme, et pas de l'homme. Un peu comme si la justice entérinait le fait qu'une spécificité morphologique des femmes par rapport aux hommes pouvait être utilisé aux dépens exclusif de ces dernières...
"Qu'inventera-t-on la prochaine fois ? Une répudiation de l'épouse pour cause de non fertilité ?"
Ben, imagine : Un joli petit couple. La femme est très amoureuse, et vient d'une famille assez traditionaliste. Elle arrête pas de dire qu'elle veut l'épouser pour avoir qu'il lui fasse plein de petits marmots. Ils se marient, et le lendemain du mariage, le mari dit à sa nouvelle épouse "Ah au fait je t'avais pas prévenu ? Je suis stérile".
Moi je ne serais pas choqué de l'annulation. Et ce n'est pas une question de stérilité, mais une question de mauvaise foi. Et pour moi, l'affaire en cours n'est pas très différente. L'exigence de virginité est plus stupide que celle de fertilité, mais le plus important est le mensonge. Comment bâtir un mariage durable basé sur une exigence stupide d'un côté et un mensonge de l'autre ? De plus, je pense que la femme est celle qui a le plus à souffrir de l'appel du parquet.
Et d'ailleurs, une annulation pour infertilité, c'est déjà arrivé...
Willy : dans les deux cas, il me semble en effet que le mariage ne peut pas durer, et que les deux époux ont intérêt à y mettre fin rapidement. Mais dans ce cas, il existe ce que l'on appelle le divorce : l'un ou les deux des époux, constatant que le mariage ne lui/leur convient pas, décide(nt) d'y mettre fin. Les raisons du désaccord restent privées, et la loi ne fait qu'entériner un souhait des anciens époux.
Ces histoires d'annulation sont bien différentes, car la loi semble reconnaître comme faute un mensonge (supposé) qui est d'ordre on ne peut plus privé. Ce qui me choque, c'est cette intrusion de la justice dans la sphère privée, cette reconnaissance qu'elle semble accorder à des valeurs qui ne sont pas des valeurs générales de la République mais des valeurs qui ne relèvent que de la vie privée d'individus pris isolément.
Autrement dit, qu'un mensonge devant un juge soit puni, je trouve cela normal. Qu'un mensonge grave entre époux conduise au divorce dans les plus brefs délais, je peux aussi le comprendre. Mais que la loi reconnaisse comme coupable quelqu'un pour avoir menti à son conjoint, cela me semble fou...