Christophe Jacquet — Carnet — Mot-clé : Société

Liberté de panorama en France

20070119_louvre.jpg Comme je le soulignais il y a quelques années, la liberté de panorama n'existe actuellement pas en France, contrairement à de nombreux pays.

Or un amendement visant à introduire cette liberté de panorama devrait être examiné ce mercredi à l'Assemblée nationale ! L'alinéa suivant serait introduit dans l'article pertinent du code de la propriété intellectuelle :

« Toutefois est autorisée la reproduction par la peinture, le dessin, la photographie ou le cinéma des œuvres de toute nature situées de manière permanente dans l'espace public, y compris à l’intérieur des bâtiments ouverts au public, ainsi que la distribution et la communication publique de telles copies. »

Cet amendement a des chances de passer car il est porté par des députés de la majorité. Mais vous voudrez probablement contacter votre député pour lui expliquer à quel point la liberté de panorama constituerait un progrès pour les libertés et le rayonnement culturel dans notre pays.

Voir le bistro de Wikipédia, avec quelques modèles de lettres à envoyer à son député.

Mise à jour, 24 novembre 2011 : amendement rejeté.

Des hackers à la bidouillabilité

Je viens de lire le livre Hackers, heroes of the computer revolution de Steven Levy. Ce bouquin, qui date de 1984, comporte quatre parties :

  1. True hackers : au laboratoire d'intelligence artificielle du MIT, à la fin des années 1950 et pendant les années 1960, les passionés de trains électriques et de réseau téléphonique découvrent l'informatique.
  2. Hardware Hackers : dans les années 1970, la Californie passe du mouvement hippie aux premiers ordinateurs personnels, et notamment l'Altair et l'Apple II.
  3. Game Hackers : au début des années 1980, la nouvelle génération découvre les premiers ordinateurs personnels, et se lance dans la création de jeux vidéos.
  4. The last of true hackers : en 1984, Richard Stallman est dégoûté de voir l'esprit hacker du labo d'IA du MIT se dissoudre dans les dollars et les sources fermées. Il venait à l'époque de lancer le projet GNU et de s'autoproclamer dernier des hackers.

Ce livre est passionnant, bien que passablement américanocentré : l'auteur semble n'être que vaguement conscient qu'il existe des contrées au-delà des États-Unis. Mais la lecture de hackers mène à diverses réflexions sur le monde d'aujourd'hui.

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Euro

Aujourd'hui, soit 7 ans, 8 mois et 17 jours après le passage à l'euro, ma banque m'a enfin permis de supprimer de mes relevés en ligne la colonne « francs ». Bravo les gars, vous êtes rapides.

Attribution des sièges aux Européennes

À quelques heures du scrutin des élections européennes, on peut avec raison se demander comment les sièges seront attribués. En effet, quand dans une circonscription à peine 10 sièges sont à pourvoir, dire que l'attribution se fait à la proportionnelle ne suffit pas : on se doute que les problèmes d'arrondis au siège sont prédominants. Curieusement, cette question n'est jamais abordée par les médias, qui préfèrent comme d'habitude faire dans le larmoyant ou l'anecdotique.

La méthode d'attribution varie selon les pays. En France, on a recours à la méthode D'Hondt du type plus forte moyenne. Cette méthode présente ne présente pas de biais, mais favorise légèrement les grands partis.

Soit n sièges à attribuer. Pour chaque liste, on va calculer des moyennes de votes exprimés, en fonction du nombre de sièges gagnés. En pratique, on fait figurer les listes en ligne, et une première colonne contient les suffrages de chaque liste (1ère moyenne), une deuxième colonne contient les suffrages de chaque liste, divisés par deux (2ème moyenne), puis une troisième colonne les suffrages divisés par trois (3ème moyenne), etc. Dans ce tableau de nombres, il suffit de prendre les n moyennes les plus hautes, qui déterminent les n sièges à attribuer. À noter que dans le cadre des Européennes, on ne tient compte dans la répartition que des listes qui dépassent les 5 %.

Le tableau ci-dessous permet d'effectuer le calcul pour dix listes au maximum, et une dizaine de sièges :

Sièges à attribuer :

VoixSièges

En vrac

Vrac

Ère post-pétrolière

Tristan Nitot signe aujourd'hui un billet intéressant sur la fin du pétrole, dont je partage globalement le point de vue. Ce qui me donne l'occasion de rebondir...

À l'heure où le prix du pétrole atteint des sommets, les différentes corporations touchées réclament du gouvernement des solutions. Céder serait une grave erreur, car il n'y a pas de solution, du moins pas dans le sens où l'entendent les représentants desdites corporations. Toute soi-disant solution ne sera qu'un artifice qui cachera la réalité (ère du pétrole cher et besoin profond de réorganiser la société de façon plus harmonieuse avec l'environnement), avec plusieurs effets pervers :

  • poursuivre pendant encore quelques années des activités nocives pour la planète,
  • grever le budget de l'état,
  • faire accroire aux corporations qu'il y a une solution, alors qu'il n'y en a pas, jusqu'au jour où il faudra finalement regarder la vérité en face, et alors, plus dure sera la chute.

Dans le domaine des transports, qui peut encore prétendre que le transport routier à grande distance n'est pas une aberration ? Certes, les camions sont irremplaçables pour la desserte locale, mais ils n'ont aucune pertinence pour le fret interrégional. Imaginez qu'un seul train de 40 wagons transporte autant qu'une centaine de camions[1]... Au final, un train consomme 23 g de CO2 par tonne-kilomètre, contre au mieux 84 g/tkm pour un camion (dans le cas d'un 36 t)[2].

Aujourd'hui, l'UNOSTRA demande « des actes » pour aider le transport routier. Un vrai acte courageux, ce serait justement de ne pas céder, comme d'habitude, au lobby routier, mais plutôt de se lancer dans une transition rapide au fret ferroviaire, voire à une réduction pure et simple du fret. Bien entendu, cela entraînera de profondes modifications socio-économiques du secteur des transports, une bonne partie des salariés du transport routier devant se reconvertir, notamment dans le ferroviaire. Cela fera des mécontents, certes, et on les comprend. Néanmoins, avoir un programme sérieux pour l'avenir plutôt que de parer au plus pressé, cela s'appelle le courage politique...

Notes

[1] Communiqué de la SNCF, septembre 2007.

[2] The Greens – Newsletter de juillet 2007. Chiffres plus détaillés et légèrement différents sur le Rapport EcoTransIT de juillet 2005

Bloc de prises avec interrupteurs individuels

Pour mon installation TV/HiFi (un téléviseur, un boîtier TV Freebox, une enceinte amplifiée), je recherche une multiprise dont toutes les prises soient commandables par des interrupteurs. Pourquoi ? Tout simplement pour faire des économies d'énergie et ne pas laisser inutilement de matériel en veille. Il existe bien des prises munies d'un interrupteur général, mais comme je n'ai pas forcément besoin de tous les appareils en même temps, les commandes des prises doivent être individuelles. Je suis donc preneur de toute référence.

Plus généralement, je m'étonne que ce type de produits ne soit pas plus répandu : faire des économies d'énergie est une nécessité ; une telle multiprise peut y contribuer. Et le premier qui me traite de geek ou de geek-écolo, je le slappe :-)

Non aux droits d'auteurs abusifs

Cour du Louvre; pyramide de Peï cachée par un masque noir.

Cachez cette pyramide que je ne saurais voir...

L'anarchie : un modèle de sécurité routière ?

J'avoue être sidéré par un article du Spiegel selon lequel un projet européen vise à montrer que l'anarchie sur la route serait un gage de sécurité... On croit rêver : il faudrait supprimer toute signalisation routière, aussi bien les panneaux que le marquage au sol. Dans ce climat d'insécurité, les automobilistes se transformeraient alors comme par enchantement en être civilisés et courtois. Et ce n'est pas tout : on peut également supprimer le bitume et les trottoirs, ce qui garantit immanquablement une ambiance très « Moyen Âge ». Car c'est bien connu, c'était mieux avant...

Certes, je reconnais que la signalisation est souvent trop touffue, et qu'un certain élagage ne ferait parfois pas de mal. Mais n'oublions pas que le but premier de la signalisation est de baliser la route et d'annoncer les dangers : bandes réfléchissantes de repérage de la chaussée, assez indispensables de nuit, annonce de virages dangereux, etc. etc. Alors quand on parle de transformer les intersections en priorités à droite tout en supprimant les panneaux, cela me fait froid dans le dos : rien n'est plus dangereux qu'une priorité à droite non précédée de sa croix de Saint-André, car justement, on ne sait même pas qu'il y a là une intersection. Et je ne parle même pas de la suppression des panneaux directionnels...

Ajoutons à cela un slogan orwellien (« unsafe is safe » : ça ne vous dit rien ?) qui ne fait qu'accroître mon sentiment de malaise vis-à-vis de ces « inventions ».

Le passé n'a pas d'avenir

Séquence nostalgie ce week-end, alors que je fais du tri dans ma chambre d'enfant et d'adolescent. J'en retiens une impression générale d'obsolescence :

  • obsolètes, les specs de logiciels que je programmais entre 1994 et 1996... Des chemises remplies de papiers, des listings en continu : tout cela ne veut plus dire grand-chose maintenant. Les logiciels sont achevés depuis bien longtemps[1], je n'y retoucherai certainement plus jamais...
  • obsolètes, les bouquins de lycée ou de prépa ;
  • obsolètes, les médias d'hier : les disquettes 3"1/2, les disquettes ZIP et leur lecteur, les cassettes audio, les Minidiscs et leur lecteur, les VHS, etc. etc ;
  • obsolète enfin, le matériel informatique dont plus personne ne veut (écrans 14", scanner à interface propriétaire sur bus ISA...) ;
  • obsolètes, les périodiques qui ne parlent que d'hier...

Alors au final, qu'est-ce qui n'est pas obsolète ? Les livres généraux, ce que j'ai pu créer pendant mes jeunes années, quelques bibelots. Pas grand-chose de plus. Dire que quand j'étais ado, j'accumulais les docs, les enregistrements, les revues. Je classais, rangeais, étiquetais, pour l'avenir... Aujourd'hui, je me rends compte que ça n'a pas beaucoup de sens, car l'avenir est différent de tout ce que je pouvais imaginer, et je n'ai de toute façon pas le temps de consulter mes archives. Cela fait méditer...

Notes

[1] et même disponibles en ligne.

La fin de la thésaurisation

Dans la série « passions du passé », je vais commencer par aborder la thésaurisation de la musique. Mais késako ? Que nous chante-t-il donc ? Du calme ! Je suis persuadé que si vous avez été adolescent entre, disons, 1980 et 2000, vous avez participé à ce mouvement...

Le jeu consiste à accumuler chez soi, sur cassettes audio, des enregistrement de ses musiques et chansons préférées. Par quels moyens les obtient-on ? Le moyen le plus simple, c'est d'enregistrer la radio. Simple, mais pas très sûr... Ah, que d'intros coupées ! Mais aussi, que de réflexes, que de bonds capricieux en direction des chaînes hifi ! Mais aussi, quelle satisfaction, lorsqu'on réussissait à capturer l'oiseau rare en entier, les premières mesures d'un « partenaire particulier » ou, selon les goûts, l'intro d'un « smoke under water » ! Parce que lorsqu'on avait réalisé un tel enregistrement, il nous appartenait, le bougre, on l'avait gagné à la sueur de notre front, au mépris de nos nerfs !

Bien entendu, on pouvait aussi repiquer le CD d'un copain (ou le vinyle pour les plus anciens...). Mais franchement, ça manquait de panache. Et puis est arrivé le MP3 et le téléchargement illégal. Alors là, plus aucun mérite, plus aucune finesse : les ados pouvaient tout avoir, sans effort, sans rien payer. Cependant, la thésaurisation continuait, même si elle était simplifiée.

Qu'en est-il maitenant ? La thésaurisation continue, par tous les moyens évoqués ci-dessus. Mais pour combien de temps ? Car si l'on peut toujours enregistrer la radio, l'industrie du disque rêve du moment où les diffuseurs pourront décider de l'enregistrabilité de leurs émissions (c'est prévu dans le standard de télévision HDMI). Et de toute façon, la copie privée sera limitée lorsque nous serons passé au tout numérique : alors l'archivage sur cassettes des morceaux enregistrés, le partage avec les copains... Et même chose en ce qui concerne l'achat de musique : si un morceau acheté (ou plutôt loué) ne devient pas illisible après une période définie, il le sera de toute façon lors de la péremption du support.

Je pense donc que les jours de la thésaurisation sont comptés. Tout se passe comme si nous étions en train d'abandonner le modèle de la propriété privée, dans certains domaines du moins. On ne pourra plus posséder sa copie, son enregistrement, bien à soi, effectué avec amour. Par contre, on sera gentiment invité à payer régulièrement pour continuer à écouter[1] un morceau sur lequel on n'aura aucun droit...

Les temps changent. Etant ado, je me suis passé en boucle mes propres enregistrements préférés, que de toute façon je n'aurais pas eu les moyens de m'acheter sur CD. Peut-être que la fin de la propriété privée, c'est l'avenir, c'est le progrès. Franchement, je n'en sais rien. Mais en tout cas, ça me fait tout drôle de penser que les générations futures ne pourront plus s'amuser et s'éveiller à la culture comme je l'ai fait...

Notes

[1] ou lire, cette réflexion ne se limite pas à la musique

« Mademoiselle »

Il existe un usage en Français, selon lequel les hommes sont appelés « monsieur » quel que soit leur âge, tandis que les femmes sont appelées « mademoiselle », puis « madame », selon des critères obscurs : état marital ? âge ? D'aucuns (et d'aucunes !) trouvent le « mademoiselle » élégant. Mais alors, pourquoi ne pas avoir étendu le concept aux hommes, et inventé un mot à part, par exemple « mon damoiseau » pour les hommes jeunes ? Parce que dans une société dirigée par les hommes, ces derniers ont trouvé le moyen de connaître à l'avance le degré de « fraîcheur consommable » des femmes, sans rien révéler de leur côté sur leur propre situation... Il s'agit donc d'entériner dans le vocabulaire le statut de simple objet sexuel et reproducteur attribué aux femmes, et par là-même, vouloir les empêcher de prendre conscience du carcan que leur ont fabriqué les hommes. J'avoue avoir du mal à saisir l'élégance de la chose...

Cet archaïsme a assez duré : alors que les anglo-saxonnes utilisent depuis longtemps le « Ms » (« Mizz »), la France reste embourbée dans sa misogynie. Une pétition est en ligne.

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