Christophe Jacquet — Carnet — Mot-clé : Société

Demande de passe Navigo : rapport d'anomalie

J'ai récemment voulu obtenir un passe Navigo. La procédure s'est déroulée anormalement, et comme le GIE Navigo ne propose pas de faire gratuitement des rapports d'anomalies, je poste ici mes commentaires, en espérant qu'ils soient lus par une personne à même d'agir.

Ma procédure :

  • Le 30 décembre 2009, je demande en ligne un passe Navigo. Je suis très agréablement surpris du déroulement des opérations, notamment car je n'ai rien à envoyer : je télécharge moi-même une photo en JPEG.
  • Patatras, dès le 4 janvier on m'adresse un courrier désagréable : « vous avez omis de joindre une photo à votre demande... » (premier dysfonctionnement). On me demande de fournir une photo (obligatoirement sur papier photo), au format 35mm x 41mm, qu'il faut placer sous une fenêtre en plastique transparent autocollant. La fenêtre mesure 22mm x 28mm (second dysfonctionnement).
  • Je n'ai pas eu depuis le temps de me faire photographier (ni l'envie, étant donné mon état d'énervement à la réception du courrier).
  • Sans donc que j'aie rien fait, je reçois finalement par courrier du 26 janvier mon passe navigo, bien muni de la photo que j'avais fournie en JPEG... Contradiction totale avec le courrier précédent, troisième dysfonctionnement.

Il y a donc des étapes du workflow à revoir d'urgence. J'ajoute que j'apprécie moyennement que l'argent des titres de transport serve à payer des courriers inutiles.

Bonne année

31 décembre : le JO de la République française liste le décret de mise en application de la sinistre loi Hadopi

1er janvier : en Irlande, une loi punissant le blasphème de 25 000 € d'amende entre en application

Le pire, c'est peut-être que l'Union européenne ne prenne de sanctions ni contre la France, ni contre l'Irlande. C'est bien mal parti sur le plan des valeurs pour une Europe tout juste munie de son Traité constitutionnel.

Allez, bonne année quand-même, 2010 sera peut-être moins mauvaise que 2009...

Des hackers à la bidouillabilité

Je viens de lire le livre Hackers, heroes of the computer revolution de Steven Levy. Ce bouquin, qui date de 1984, comporte quatre parties :

  1. True hackers : au laboratoire d'intelligence artificielle du MIT, à la fin des années 1950 et pendant les années 1960, les passionés de trains électriques et de réseau téléphonique découvrent l'informatique.
  2. Hardware Hackers : dans les années 1970, la Californie passe du mouvement hippie aux premiers ordinateurs personnels, et notamment l'Altair et l'Apple II.
  3. Game Hackers : au début des années 1980, la nouvelle génération découvre les premiers ordinateurs personnels, et se lance dans la création de jeux vidéos.
  4. The last of true hackers : en 1984, Richard Stallman est dégoûté de voir l'esprit hacker du labo d'IA du MIT se dissoudre dans les dollars et les sources fermées. Il venait à l'époque de lancer le projet GNU et de s'autoproclamer dernier des hackers.

Ce livre est passionnant, bien que passablement américanocentré : l'auteur semble n'être que vaguement conscient qu'il existe des contrées au-delà des États-Unis. Mais la lecture de hackers mène à diverses réflexions sur le monde d'aujourd'hui.

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Darty : le contrat d'incompétence ?

Mon père a reçu en cadeau un récepteur GPS, qui s'avère défectueux. Il appelle donc le vendeur, Darty. Verbatim :

— Mon GPS est en panne.
— Quel est le problème ?
— Il ne reçoit pas les satellites ; c'est gênant pour un GPS.
— Oui, mais vous l'avez essayé où ?
— En champ libre.
— C'est normal Monsieur, un GPS ne fonctionne pas au milieu de champs !
— Comment cela ?
— Eh oui, il y a des zones non couvertes par les relais, il faut l'essayer en ville !
— Que me chantez-vous là, un GPS fonctionne avec un réseau de satellites qui couvre la terre entière, ça n'a rien à voir avec des relais terrestres ! Vous êtes vraiment un technicien ?
— Oui Monsieur, technicien Darty ! Les GPS utilisent les mêmes relais que les téléphones mobiles. Si vous allez dans une zone inhabitée, il y a des chances pour que vous ne soyez pas couvert par le GPS.

À ce stade, mon père a compris qu'il avait affaire à une cause perdue ; il a donc renoncé a argumenter avec le « technicien »... Après lui avoir demandé si la batterie était chargée (!), et si le firmware et la carto étaient à jour, ce dernier a fini par annoncer :

— Alors, rapportez-le au magasin !
— C'est ouvert aujourd'hui ?
— Pas de problème, tous les magasins Darty de France sont ouverts.

Après une demi-heure de route, mon père a pu constater que son magasin était fermé le dimanche.

Si vous croyez que ce « technicien » est d'une inculture et d'une incompétence exceptionnelles, vous vous trompez. Je vous raconterai un autre jour la fois où j'ai demandé des renseignements sur une clé USB à un vendeur Darty.

Et si au contraire vous n'êtes pas profondément choqué par la prestation de ce technicien, un petit rattrapage s'impose d'urgence !

Scientologie

Acte I : en juin, le Parquet requiert la dissolution de la branche française de la Scientologie. Un bref instant, on peut rêver que ces réquisitions soient suivies, et in fine la peine appliquée...

Acte II : en septembre, patatras, on apprend qu'une loi adoptée en catimini (sans débat : mais comment est-ce possible ?). En effet, un tribunal ne peut plus prononcer la dissolution d'une association convaincue d'escroquerie. Une loi faite sur mesure, à n'en pas douter.

Acte III : dans la foulée, le Parquet annonce qu'une solution sera trouvée coûte que coûte, pour que la Scientologie soit bel et bien dissoute.

Acte IV : fin octobre, le jugement est rendu : la Scientologie est condamnée à payer une amende, et le jugement doit être publié dans des journaux français et étrangers, mais bien entendu, plus question de dissolution. Les journalistes évitent soigneusement de rappeler la promesse faite en septembre par le Parquet.

Acte V : le président de la Mivilude se réjouit de cette décision. Mais Glazou pouffe devant les titres des journaux étrangers qui doivent publier la décision. Je ne doute pas que les responsables de la Scientologie soient eux aussi en train de se payer une tranche de franche rigolade.

Le pouvoir législatif (le parlement qui adopte à son insu un texte ad-hoc), le pouvoir judiciaire (qui a les pieds et poings liés), le pouvoir exécutif (la Mivilude), tous trois ridiculisés par la Scientologie... Quel échec, quelle consternation...

Euro

Aujourd'hui, soit 7 ans, 8 mois et 17 jours après le passage à l'euro, ma banque m'a enfin permis de supprimer de mes relevés en ligne la colonne « francs ». Bravo les gars, vous êtes rapides.

Il reste des Sages dans ce pays...

Tout ne va donc pas à vau-l'eau en France : Hadopi est retoquée par le Conseil constitutionnel, précisément pour certaines des raisons que je signalais : justice d'exception et présomption de culpabilité. De plus, le Conseil souligne que l'accès à Internet relève de la liberté de communication, ce qui est un point important pour l'avenir.

Cette rebuffade achève de couvrir de ridicule l'équipe qui a poussé cette loi absurde envers et contre tout...

Attribution des sièges aux Européennes

À quelques heures du scrutin des élections européennes, on peut avec raison se demander comment les sièges seront attribués. En effet, quand dans une circonscription à peine 10 sièges sont à pourvoir, dire que l'attribution se fait à la proportionnelle ne suffit pas : on se doute que les problèmes d'arrondis au siège sont prédominants. Curieusement, cette question n'est jamais abordée par les médias, qui préfèrent comme d'habitude faire dans le larmoyant ou l'anecdotique.

La méthode d'attribution varie selon les pays. En France, on a recours à la méthode D'Hondt du type plus forte moyenne. Cette méthode présente ne présente pas de biais, mais favorise légèrement les grands partis.

Soit n sièges à attribuer. Pour chaque liste, on va calculer des moyennes de votes exprimés, en fonction du nombre de sièges gagnés. En pratique, on fait figurer les listes en ligne, et une première colonne contient les suffrages de chaque liste (1ère moyenne), une deuxième colonne contient les suffrages de chaque liste, divisés par deux (2ème moyenne), puis une troisième colonne les suffrages divisés par trois (3ème moyenne), etc. Dans ce tableau de nombres, il suffit de prendre les n moyennes les plus hautes, qui déterminent les n sièges à attribuer. À noter que dans le cadre des Européennes, on ne tient compte dans la répartition que des listes qui dépassent les 5 %.

Le tableau ci-dessous permet d'effectuer le calcul pour dix listes au maximum, et une dizaine de sièges :

Sièges à attribuer :

VoixSièges

Une République en deuil

Ça y est, la loi Hadopi a été adoptée à l'Assemblée et au Sénat. Rien ne dit qu'elle sera appliquée, car il lui reste à passer devant le conseil constitutionnel (j'ai du mal à voir comment elle peut être considérée comme étant conforme à la Constitution...), elle est visiblement contraire aux dernières directives européennes sur le droit d'accès à Internet, et enfin le gouvernement pourrait choisir de l'enterrer en ne publiant pas de décret d'application. Mais au fond qu'importe, car le plus grave est fait.

Pour mémoire, les défauts de cette loi sont nombreux :

  • Elle ne pourra en aucun cas remplir son objectif, faire cesser le téléchargement illégal, car les voies de contournement sont déjà là. Les vrais pirates continueront donc leurs téléchargements en toute quiétude.
  • Par contre, elle fera peser sur tout utilisateur d'Internet la menace d'être accusé à tort, sans moyen de se défendre. Cela risque de créer un fort sentiment d'insécurité permanente lié à Internet.
  • Elle considère comme acceptable l'installation de mouchards gouvernementaux au domicile des particuliers, ainsi que les écoutes et les filtrages systématiques des communications.
  • Elle considère comme acceptable l'instauration d'une justice d'exception et de la présomption de culpabilité.
  • Elle considère comme acceptables les sanctions collectives. En effet, au sein d'un foyer, le comportement répréhensible d'un seul de ses membres se traduira par une sanction à l'encontre de tous.
  • Cette pétaudière aura un coût, plusieurs centaines de millions d'euros, coût qu'il nous faudra payer. Et tout ça pour rien...

C'est donc un revers tragique pour notre République, et un fiasco immense pour la majorité. Les auteurs de cette loi ont passé des semaines à afficher avec arrogance leur incompétence la plus totale, leur ignorance complète du domaine sur lequel ils ont légiféré. Aujourd'hui, la France achève de se ridiculiser aux yeux du monde...

Honte aux auteurs de la loi, et honte à tous les députés et sénateurs qui se sont rendus complice de cette infamie ! Honte également aux médias, qui, volontairement, par ignorance ou par bêtise, ont dans leur majorité participé à la désinformation qui a entouré ce projet, et n'ont traité que du but initial de la loi (protéger les droits d'auteurs) sans voir ses réels enjeux.

Mise à jour (16/05) : avis d'un journaliste de Libé.

Mouchards filtrants

Chaque jour apporte sont lot de nouveautés grand-guignolesques quant au projet de loi « création et Internet ». Il semble maintenant que les mouchards imposés par le gouvernement seraient filtrants...

Danger mouchards

Image Tristan Nitot. Voir le billet de Tristan Nitot.

Site en berne

HADOPI - Le Net en France : black-out

Là, ça sent vraiment mauvais...

Loi dite « Hadopi » en préparation :

  • pour se connecter à Internet chez soi sans craindre des poursuites judiciaires infondées (en encore...), il faudra disposer de mouchards payants. C'est « marrant », c'était aussi le cas des télécrans chez Orwell... Et quid de l'interopérabilité ? « Je n’y suis pas favorable. [...] L’interopérabilité n’est pas nécessaire pour les consommateurs et elle est trop contraignante pour les éditeurs de logiciels » (Franck Riester, rapporteur du projet de loi). Ouch !
  • bon, OK, nous disons-nous, dans ce cas nous n'aurons plus Internet à la maison. Nous irons au cybercafé. Que nenni ! Le filtrage du contenu était évoqué depuis quelques mois, mais Christine Albanel évoqué sérieusement une liste blanche comportant « des milliers de sites web ». Outre l'aspect liberticide de la chose, qu'une ministre de la culture puisse s'imaginer que le sous-ensemble légal du web est réduit à quelques milliers de sites, ça vous fiche quand-même la nausée...

J'insiste, ces graves événements ont lieu en France, pas en Birmanie, ni à Cuba, ni en Chine...

À lire : La loi Création et Internet, le chant du cygne et le maquis, sur Framablog.

En vrac

La crise financière et le « web 2 »

« Web 2 », cela désigne (entre autres) les nouveaux services en ligne, du type réseaux sociaux, super-webmails, suites bureautiques... Dans ce domaine, Karl Dubost nous démontre que les conséquences de la crise sur les utilisateurs pourraient bien être catastrophiques : qui vous dit que ceux qui détiennent vos précieuses données ne vont pas mettre la clé sous la porte, ou rendre le service payant, du jour au lendemain ? À méditer à l'heure où on nous vante tant les mérites du cloud computing...

Mais « Web 2 » désigne aussi les projets collaboratifs, tels que Wikipédia et l'open source. Et là, l'impact pourrait bien être positif. En effet, plus de chômage, donc plus de temps libre (spare cycles), donc potentiellement plus d'implication des individus.

À propos des spare cycles, Clay Shirky développe une théorie très intéressante du surplus social. Lors des premières révolutions industrielles, la société s'est profondément transformée (urbanisation, etc.). Les individus ont-ils su tirer parti de ses changements ? Pas dans un premier temps : au contraire leur réaction fut de noyer dans l'eau de vie leur désarroi devant ces changements. Les progrès du monde moderne (éducation, démocratie, bibliothèques, musées, etc.) ne sont apparus que dans un second temps. La troisième révolution industrielle a apporté un surplus de temps libre ; comment l'a-t-on occupé ? Pendant 40-50 ans, en s'abrutissant devant la télévision. Rien qu'aux États-Unis, cela représente 200 milliards d'hommes-heures par an. D'après Shirky, il s'agit ici aussi d'une phase transitoire, qui commence à prendre fin. Grâce notamment aux NTIC, ce temps de cerveau disponible commencerait à être employé à autre chose qu'à subir niaiseries et publicités. Et il y a une énorme marge de progression : selon Shirky, Wikipédia en l'état actuel (toutes langues confondues) représente un travail de 100 millions d'hommes-heures. À comparer au chiffre de la consommation de télévision...

Logo ambigu

Lorsque ma femme a reçu un courrier de la mairie de Bordeaux, j'ai eu un mouvement de recul en voyant l'enveloppe : contenait-elle de l'anthrax ? En effet je trouve que le logo de Bordeaux évoque furieusement le symbole du danger biologique...

Évidemment, à bien y regarder, il y a des différences, mais je ne suis visiblement pas le seul à avoir cette impression. Alain Juppé a beau dire que nous avons l'esprit mal tourné, pour moi un logo que de nombreuses personnes confondent à première vue avec le symbole biohazard, ça ne peut pas être un bon logo...

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