Christophe Jacquet — Carnet — Mot-clé : Société

Logo ambigu

Lorsque ma femme a reçu un courrier de la mairie de Bordeaux, j'ai eu un mouvement de recul en voyant l'enveloppe : contenait-elle de l'anthrax ? En effet je trouve que le logo de Bordeaux évoque furieusement le symbole du danger biologique...

Évidemment, à bien y regarder, il y a des différences, mais je ne suis visiblement pas le seul à avoir cette impression. Alain Juppé a beau dire que nous avons l'esprit mal tourné, pour moi un logo que de nombreuses personnes confondent à première vue avec le symbole biohazard, ça ne peut pas être un bon logo...

1998 + 10 = 2008 (ou : les illusions perdues)

Septembre 1998. Je venais de passer mon bac, et mon permis de conduire. Je m'apprêtais à rentrer dans le monde merveilleux des mathématiques supérieures. L'avenir s'annonçait radieux : les féministes avaient gagné dans les années 1970, le bloc de l'Est s'était effondré et la mondialisation promettait des liens plus étroits entre peuples, grâce à l'informatique et à l'automatisation on travaillerait de moins en moins, le gouvernement avait décidé d'éradiquer définitivement le bizutage, le service militaire était suspendu, signe d'un monde en paix, Internet s'annonçait comme un monde de liberté et de savoir, et puis j'en étais sûr, les religions ne seraient bientôt plus qu'un lointain souvenir. Et j'y croyais vraiment, à tout ça...

Septembre 2008. Je me demande parfois si tout va vraiment plus mal, ou si je suis simplement devenu un peu plus réaliste. Allez je penche pour la deuxième option car je suis encore très optimiste !

L'administration fiscale est sexiste !

Période de réception des avis d'imposition... Nous étant mariés l'an dernier, nous en recevons trois. Normal. Ce qui l'est moins, c'est la mention de nos noms sur lesdits avis :

  • notre avis commun est entièrement à mon nom, celui de mon épouse n'apparaissant nulle part (ni nom ni prénom) ;
  • le mien est à mon nom, comme d'habitude ;
  • celui de mon épouse lui est bien adressé, mais son nom est suivi de la mention « épouse Jacquet »...

Que la société soit sexiste, c'est regrettable. Que ce sexisme soit en quelque sorte entériné par l'État dans ce type de détails, ce n'est pas acceptable.

Vrac

Justice

La justice et la loi française m'avaient déjà déçu. La récente annulation d'un mariage pour cause de non-virginité de l'épouse repousse encore une fois les limites de l'horreur juridique... Cette décision crée un précédent extrêmement fâcheux : en quoi la virginité serait-elle une qualité essentielle d'une personne ? Qu'inventera-t-on la prochaine fois ? Une répudiation de l'épouse pour cause de non fertilité ? Je veux bien qu'il existe un article de loi trop vague (ce qui est un problème, et devrait être résolu), mais un juge a tout de même été particulièrement vicieux dans l'attribution du qualificatif de qualité essentielle...

Bien entendu, cette décision semble être une très bonne chose pour cette femme qui avait de toute évidence fait l'erreur de sa vie en épousant un pauvre con, mais ce qui pose problème, c'est la façon dont est considéré l'être humain, et particulièrement la femme, dans cette histoire. Tout d'abord, je ne vois pas en quoi en être humain peut décemment être doté de qualités essentielles. On pourrait par exemple parler de qualité essentielle d'une vache laitière (sa production de lait), mais un être humain, ce n'est pas une tête de bétail ! Et ensuite, bien entendu, la qualité essentielle dont il est question ici est particulièrement sensible : cette notion de virginité est l'un des pires délires misogynes des sociétés et religions archaïques...

Ère post-pétrolière

Tristan Nitot signe aujourd'hui un billet intéressant sur la fin du pétrole, dont je partage globalement le point de vue. Ce qui me donne l'occasion de rebondir...

À l'heure où le prix du pétrole atteint des sommets, les différentes corporations touchées réclament du gouvernement des solutions. Céder serait une grave erreur, car il n'y a pas de solution, du moins pas dans le sens où l'entendent les représentants desdites corporations. Toute soi-disant solution ne sera qu'un artifice qui cachera la réalité (ère du pétrole cher et besoin profond de réorganiser la société de façon plus harmonieuse avec l'environnement), avec plusieurs effets pervers :

  • poursuivre pendant encore quelques années des activités nocives pour la planète,
  • grever le budget de l'état,
  • faire accroire aux corporations qu'il y a une solution, alors qu'il n'y en a pas, jusqu'au jour où il faudra finalement regarder la vérité en face, et alors, plus dure sera la chute.

Dans le domaine des transports, qui peut encore prétendre que le transport routier à grande distance n'est pas une aberration ? Certes, les camions sont irremplaçables pour la desserte locale, mais ils n'ont aucune pertinence pour le fret interrégional. Imaginez qu'un seul train de 40 wagons transporte autant qu'une centaine de camions[1]... Au final, un train consomme 23 g de CO2 par tonne-kilomètre, contre au mieux 84 g/tkm pour un camion (dans le cas d'un 36 t)[2].

Aujourd'hui, l'UNOSTRA demande « des actes » pour aider le transport routier. Un vrai acte courageux, ce serait justement de ne pas céder, comme d'habitude, au lobby routier, mais plutôt de se lancer dans une transition rapide au fret ferroviaire, voire à une réduction pure et simple du fret. Bien entendu, cela entraînera de profondes modifications socio-économiques du secteur des transports, une bonne partie des salariés du transport routier devant se reconvertir, notamment dans le ferroviaire. Cela fera des mécontents, certes, et on les comprend. Néanmoins, avoir un programme sérieux pour l'avenir plutôt que de parer au plus pressé, cela s'appelle le courage politique...

Notes

[1] Communiqué de la SNCF, septembre 2007.

[2] The Greens – Newsletter de juillet 2007. Chiffres plus détaillés et légèrement différents sur le Rapport EcoTransIT de juillet 2005

Événements du week-end

Samedi, journée de la femme. Certes, on est désormais en plein galvaudage car chaque journée semble dédiée à une cause. Mais si je ne devais en conserver qu'une, ce serait peut-être celle-ci. C'est l'occasion de se rappeler les formidables combats qui ont été menés, et aussi de prendre la mesure du chemin qui reste à parcourir. Car malheureusement, la misogynie reste bien ancrée dans nos sociétés (au hasard, voir ceci), et, je crois, nous allons entrer dans une période de lutte contre des forces obscurantistes de tout poil.

Dimanche, élections municipales. C'est à la fois une occasion d'exercer l'un de ses droits et devoirs les plus fondamentaux, ainsi que sa vigilance contre des méthodes de vote pas très transparentes. Et l'un des moyens les plus sûrs de saper les arguments des promoteurs des machines à voter, c'est d'aller aider au dépouillement.

Bloc de prises avec interrupteurs individuels

Pour mon installation TV/HiFi (un téléviseur, un boîtier TV Freebox, une enceinte amplifiée), je recherche une multiprise dont toutes les prises soient commandables par des interrupteurs. Pourquoi ? Tout simplement pour faire des économies d'énergie et ne pas laisser inutilement de matériel en veille. Il existe bien des prises munies d'un interrupteur général, mais comme je n'ai pas forcément besoin de tous les appareils en même temps, les commandes des prises doivent être individuelles. Je suis donc preneur de toute référence.

Plus généralement, je m'étonne que ce type de produits ne soit pas plus répandu : faire des économies d'énergie est une nécessité ; une telle multiprise peut y contribuer. Et le premier qui me traite de geek ou de geek-écolo, je le slappe :-)

Nouveaux centres commerciaux : déjà ringards ?

Dans les années 60 et 70, on a construit de grands centres commerciaux en banlieue, conçus pour le consommateur-automobiliste. À une époque où l'on suppose le tout-automobile révolu, je m'étonne que l'on continue à construire de nouveaux centres commerciaux sur le même modèle. SQY Ouest ou Thiais Village attaquent les problèmes de leurs aînés par le petit bout de la lorgnette : les centres construits il y a 30 ans manquent de places de parking ? Qu'à cela ne tienne, on va construire des parkings plus grands ! On obtient ainsi des centres déshumanisés, qui brillent plus par le gigantisme d'un parking labyrinthique que par leur accessibilité. À quand un renouveau du genre, qui nous changerait des sempiternelles figures imposées : abords où le piéton se sent intrus, façade rendue hideuse par la gueule béante de l'entrée du parking ?

Pour l'anecdote, nous nous somme aujourd'hui rendus au nouvel Ikea de Thiais (Thiais Village). Une bête façade de tiroir était à prendre au retrait des achats et non au libre service (bravo l'organisation...), mais pas trace de ce retrait des achats au magasin... C'est qu'il se trouve à environ un kilomètre de là, au fin fond d'une zone industrielle ! Inaccessible au piéton, sauf à vouloir traverser au péril de sa vie un enchevêtrement de voies rapides en tout genre.

Sombre connerie

Rebelotte, c'est reparti ce soir pour une nouvelle édition des « 5 minutes pour la terre ». Le principe, couper la lumière chez soi pendant 5 minutes entre 19h55 et 20h, dans le but d'économiser l'énergie.

Selon moi, il s'agit d'une connerie monumentale, et pourtant je suis un écolo convaincu !. Pourquoi ?

Tout d'abord, il n'est pas du tout évident que le bilan énergétique de l'opération soit positif, entre l'usure prématurée de millions de lampes (hé oui, l'usure d'un on/off fois des millions, ça finit par compter...), l'appel de courant au rallumage, les centrales qui ne vont pas s'arrêter (certes, ça doit être prévu au programme de marche, mais bon...). Sans compter, en raison de cet appel de courant, un risque de déstabilisation du réseau...

Ensuite, la protection de l'environnement, ce n'est pas une question d'opération ponctuelle. Éteindre la lumière un jour par an, cela ne sert à rien. Par contre éviter, tous les jours de laisser la lumière allumée quand on quitte une pièce, de laisser des appareils en veille[1], cela finit par avoir un impact réel. Ce qui me fait peur dans cette opération, c'est que la suivre donne faussement bonne conscience aux gens, et qu'en éteignant la lumière pendant 5 minutes par an, ils s'imaginent avoir fait des efforts suffisants pour toute une année, et donc renoncent aux gestes écolos le reste du temps.

Enfin, se priver de lumière pendant 5 minutes, cela crée l'idée (fausse selon moi) qu'économiser l'énergie passe par une réduction du confort. Or, si l'on commence à identifier économies d'énergie et dégradation de la qualité de vie, cela risque de provoquer un rejet des petits gestes écolos du quotidien, qui eux ne sont pas franchement embêtants, mais très utiles...

La lumière brillera donc chez moi de 19h55 à 20h.

Notes

[1] Sans oublier les aspects non électriques, comme : prendre les transports en commun, marcher, limiter sa vitesse et ses accélérations en voiture...

Diantre !

Selon le baromètre des valeurs des Français, de TNS Sofres, édition 2006, le savoir et la culture sont des valeurs en voie d'obsolescence dans la société française... À l'inverse, on valorise le spectacle et l'émotion. Urgh ! Mais maintenant je comprends mieux l'indigence rédactionnelle et la fibre pleurnicharde des journaux télévisés...

Les promesses du président

Un site à garder sous le coude pour les 5 années à venir : clameo.fr.

Marque Carrefour : attention

Attention : ce billet cite des marques. Mais ce n'est vraiment pas pour leur faire de la publicité...

Comme tous les groupes de la grande distribution, Carrefour a sa propre marque de distribution, opportunément appelée Marque Carrefour. Après une analyse sur mes produits habituels, j'en avais déduit il y a quelques années que :

  1. les produits étaient en général assez semblables en qualité à ceux des « marques » ;
  2. leurs prix affichés étaient presque toujours avantageux par rapport aux « marques ».

Ayant par ailleurs une carte Carrefour qui me donne 5 % de réduction sur les produits Carrefour[1], j'en avais conclu qu'il était intéressant pour moi d'acheter ces produits.

Or il semble que les choses changent ! Je viens par exemple de constater que le tarama de marque est légèrement moins cher que le tarama Carrefour après déduction des 5%...

Donc méfiance... Il ne faut pas endormir sa vigilance, et encore et toujours, comparer les prix...

Notes

[1] Je ne conçois pas cette carte comme un avantage, mais plutôt comme un désavantage délibéré envers les non-détenteurs, qui se font arnaquer de façon systématique.

Élections

Un certain nombre de municipalités ont mis en place des machines à voter. Je pense que c'est une catastrophe pour la démocratie, car le citoyen lambda ne peut pas en vérifier le bon fonctionnement (d'autant que leurs spécifications matérielles et logicielles ne sont pas publiques). À l'inverse, les urnes sont physiquement transparentes, ce qui exclut toute fraude. En effet, le citoyen soupçonneux peut vérifier à l'ouverture du bureau que l'urne n'a pas été bourrée, et contrôler pendant tout le vote la régularité du scrutin. Choses impossibles avec des appareils opaques...

Ajoutons à cela que ces machines à voter n'ont aucun avantage quand l'on sait que le dépouillement est rapide (quelques heures au maximum), et réalisé par une main d'œuvre gratuite...

Signez la pétition pour le maintien du vote papier.

À lire :

Des difficultés de lire la presse

Moi qui n'achète pas souvent la presse écrite, je voulais me procurer le numéro spécial Libération - Charlie Hebdo, autant pour le lire (!) que pour apporter mon soutien à l'hebdomadaire[1].

Je me rends donc à la maison de la presse locale. « Pas de presse quotidienne », m'annonce la vendeuse, l'air très las. Et sans m'indiquer si la situation va durer.

Qu'à cela ne tienne, j'essaie le bureau de tabac, qui fait également la presse. « Ah oui, on m'en a parlé. Mais vous savez, c'est paru à Paris hier... C'est normal qu'on ne l'ait pas encore aujourd'hui ! Demain, peut-être... » Mais depuis quand faut-il deux jours à la presse pour parcourir 25 km ? Je n'habite quand-même pas en outre-mer !

Je ne sais pas pourquoi, mais ces deux expériences me laissent tout chose. J'habite une commune de 21 000 habitants, dans la banlieue parisienne, de surcroît dans une zone à forte concentration de professions dites intellectuelles, et il est impossible d'accéder correctement à la presse écrite ???

Notes

[1] Ce que je fais ici, au passage. On ne soutiendra jamais assez la liberté de la presse, plus généralement la liberté d'expression, et notamment dans le domaine du blasphème. Je trouve de plus que les religions sont particulièrement mal placées pour pouvoir faire la morale à quiconque...

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